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Populisme montant

Lundi 12 juillet 2010

La montée rapide du populisme qu’on peut observer dans notre pays nous incite à ne pas nous contenter dans nos analyses de l’opposition simple à laquelle nous sommes très attachés entre démocratie et totalitarisme. Le thème général, et bien connu, du populisme est que nos politiques sont corrompus et indifférents aux difficultés des citoyens de base. Les rumeurs sur la construction d’une maison luxueuse pour l’un, l’achat de cigares en grande quantité pour l’autre, le choix d’un hôtel de luxe pour la troisième, sont autant de prétextes pour laisser entendre le fameux cri aux tristes résonances : « Tous pourris ! ».
Les sondages semblent même montrer que l’opposition « surfe » sur une réaction très répandue, nourrie par une presse gourmande de scandales. Les bons apôtres du PS oublient pour le coup les passe-droits que s’octroyait leur ancien président, et bien d’ « innocentes victimes » baignant dans la « souffrance » de leur activité salariée oublient leurs propres petits arrangements avec l’honnêteté : combien font travailler des gens au noir, combien utilisent le téléphone de leur entreprise ? Elles ont pourtant les mains propres, assurent-elles, et ce sont les autres, les riches, les patrons, les députés, les ministres, dont la conduite est sans scrupule. « Tous pourris ! »
Il faudrait que nos députés et nos ministres donnent l’exemple, dit-on. Sans doute, il faut punir les abus, s’il y en a. Mais il faut aussi en finir avec l’idée que si quelques centaines de députés renonçaient à leur train de vie et rencontraient leurs électeurs à pied ou en trottinette, les choses iraient mieux. Ils sont en revanche des dizaines, sinon des centaines de milliers de maires et d’adjoints au maire à toucher des indemnités qui servent trop souvent à arrondir leurs fins de mois plus qu’à couvrir les dépenses associées à leur charge. Diminuons de manière drastique le nombre extravagant des communes françaises (autant dans notre pays que dans tout le reste de l’Europe !). Voilà une réforme susceptible de réaliser des économies substantielles ! Mais vous allez les entendre, ces « victimes » de l’alliance des députés et du « monde des affaires », protester au nom de la République et de la Révolution de 1789 !
Autre proposition d’économie : supprimons le siège européen de Strasbourg. Les déplacements démentiels des euro-députés, des dossiers, de tout le personnel administratif et des interprètes du Parlement européen ne sont sans doute pas à la charge de la seule France, mais les dépenses sont si colossales que nous y trouverions notre compte.
Cessons de croire enfin à cette vieille idiotie encore véhiculée par l’extrême gauche marxisante que si les plus riches gagnaient moins, les plus pauvres en tireraient profit. C’est là une des plus vieilles ficelles pour déconsidérer les élus dans une démocratie. Mme Marine le Pen, MM. Besancenot et Mélanchon tirent très fort ensemble et dans cette direction.
Attention ! Cette culture du pessimisme, ce travail de sape contre le tonus d’un pays, cette mise en cause d’un possible vivre-ensemble national entre individus qui ne sont égaux qu’en droits est tout simplement dangereux. Le totalitarisme est peut-être le pire ennemi de la démocratie. Il n’en est pas le seul. La fièvre populiste qui monte en France n’est guère rassurante.

Pierre Rigoulot
Ilios Yannakakis

Pour une définition de l’ »islamophobie »

Vendredi 7 mai 2010

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a adopté, jeudi 25 mars 2010, à une courte majorité une résolution condamnant l’islamophobie et le « profilage ethnique et religieux des minorités musulmanes » ainsi que l’interdiction des minarets en Suisse, selon le Figaro du même jour. Le texte sur « la diffamation des religions », proposé par le Pakistan au nom de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), a été adopté à une courte majorité de 20 voix contre 17. Huit des 47 pays siégeant au Conseil se sont abstenus.

Avant le vote, l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis se sont fortement opposés à la résolution, Washington allant jusqu’à la qualifier d’ « instrument de division ». « L’UE estime que le concept de diffamation des religions n’est pas pertinent dans un débat sur les droits de l’Homme », a expliqué l’ambassadeur de France Jean-Baptiste Mattéi, qui s’exprimait pour le bloc européen. « Le droit international en matière de droits de l’Homme protège les individus dans l’exercice de leur liberté de religion ou de conviction. Il n’a pas et ne devrait pas protéger des systèmes de croyances », a-t-il ajouté. »

Ce vote devrait nous inciter, en tant que défenseurs de la liberté d’opinion et d’expression en matière religieuse à exiger qu’une définition stricte soit donnée au mot islamophobie.
Une fois que cette définition aura été avalisée, il sera possible à ceux qu’on aura traités d’islamophobes de porter plainte pour diffamation.

André Senik

Trois voiles

Vendredi 11 décembre 2009

Ces dernières semaines ont apporté de quoi prendre la mesure de la difficulté à tenir un discours un tant soit peu lucide sur la réalité sociale, historique ou politique, tant est lourd le poids des évidences qui nous sont proposées.
Ce poids s’est exercé négativement en trois occasions que je voudrais vous signaler.
La première est la fantastique commémoration de la chute du Mur de Berlin à laquelle nous avons assisté. Sans doute, elle révèle que le public et les journalistes n’ont plus peur d’appeler un chat un chat et le système communiste international des années 1980 une tyrannie. Et quiconque a vu le très prenant “La vie des autres” a compris beaucoup de choses. Alors, pourquoi faire la fine bouche ? C’est qu’on a très peu rappelé lors de cette commémoration que 20 ans auparavant, non seulement au parti socialiste mais à droite, on n’était guère enthousiasmé par l’effondrement du mur, de la RDA et du communisme. Une commémoration enthousiaste, c’est un peu comme un bâton qu’on tord dans un sens parce qu’il l’était dans l’autre. On en rajoute un peu pour faire oublier les aveuglements d’hier. Les communistes disaient se féliciter de la chute du mur, qui prouvait soit disant la maturité grandissante du socialisme réel. On ne l’a guère rappelé. Les socialistes gouvernaient la France en 1989 et eux qui avaient pourtant de quoi se réjouir puisque ce socialisme-là, ils n’en avaient pas voulu et avaient refusé d’abandonner la “vieille maison” en décembre 1920, craignaient en 1989 que se perde la position intéressante de la France. Ils craignaient ( à juste titre !) que leur diplomatie, d’ailleurs inaugurée par le général de Gaulle, entre Est et Ouest devienne obsolète. Finie la belle position « moyenne » de la France, passage obligé pour le dialogue avec le bloc soviétique ! ; les gaullistes et les libéraux firent preuve de la même cécité et voulaient aider la RDA à se réformer, sans voir qu’elle s’écroulait irrémédiablement, comme les autres pièces du bloc…
Comme quoi la commémoration « d’un moment heureux où triomphait la Liberté » peut masquer les réticences manifestées alors devant un événement qu’on ne souhaitait pas survenir vraiment si vite…

Voile encore jeté sur des vérité dérangeantes : les éloges tressés sur la dépouille de Lévi-Strauss. Il était, à entendre beaucoup de journalistes, hostile à notre civilisation et critique envers notre foi en un progrès continu. Peut-être, mais il l’était – sévèrement et fondamentalement -envers la conception du monde musulmane, comme le montrent certains passages de Tristes tropiques, son oeuvre la plus connue. Il n’était pas « islamophobe ». Il critiquait certains aspects de l’Islam. J’ose espérer d’ailleurs que c’est encore un droit que celui d’exercer sa critique contre une religion. Mais qui a osé rappeler ses réflexions ?
Lisons le donc ici : « Tout l’Islam semble être une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main, on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne…
…Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une « néantisation » d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants ».
(éd Plon Pocket p.482-484)

Le dernier exemple concerne les litanies sur les suicides chez France Télécom. Laissons de côté le fait que ce n’est pas nécessairement parce que l’on se suicide sur son lieu de travail que l‘activité professionnelle est le seul facteur suicidogène. Laissons cela et demandons s’il y a vraiment eu « une vague de suicides » à France Télécom. Les hommes, en France, se suicident à raison de 16 ou 17 individus par an pour 100 000 personnes. Les femmes, pour environ 10 pour 100 000. Moyenne française donc : 13, 13,5 pour 100 000. Or, nous avons eu à France Télécom – une entreprise de 102 000 salariés – 25 suicides en deux ans, soit environ 12,5 pour 100 000. Toutes ces exagérations, dont l’affirmation qu’il y a une vague de suicides, sont donc erronées. Le voile est jeté là aussi sur une réalité qui n’est dérangeante que d’empêcher d’embrigader les morts dans une cause qui n’était pas la leur : celle du dénigrement du monde de l’entreprise et au-delà de l’économie de marché.

Benoît Villier