La montée rapide du populisme qu’on peut observer dans notre pays nous incite à ne pas nous contenter dans nos analyses de l’opposition simple à laquelle nous sommes très attachés entre démocratie et totalitarisme. Le thème général, et bien connu, du populisme est que nos politiques sont corrompus et indifférents aux difficultés des citoyens de base. Les rumeurs sur la construction d’une maison luxueuse pour l’un, l’achat de cigares en grande quantité pour l’autre, le choix d’un hôtel de luxe pour la troisième, sont autant de prétextes pour laisser entendre le fameux cri aux tristes résonances : « Tous pourris ! ».
Les sondages semblent même montrer que l’opposition « surfe » sur une réaction très répandue, nourrie par une presse gourmande de scandales. Les bons apôtres du PS oublient pour le coup les passe-droits que s’octroyait leur ancien président, et bien d’ « innocentes victimes » baignant dans la « souffrance » de leur activité salariée oublient leurs propres petits arrangements avec l’honnêteté : combien font travailler des gens au noir, combien utilisent le téléphone de leur entreprise ? Elles ont pourtant les mains propres, assurent-elles, et ce sont les autres, les riches, les patrons, les députés, les ministres, dont la conduite est sans scrupule. « Tous pourris ! »
Il faudrait que nos députés et nos ministres donnent l’exemple, dit-on. Sans doute, il faut punir les abus, s’il y en a. Mais il faut aussi en finir avec l’idée que si quelques centaines de députés renonçaient à leur train de vie et rencontraient leurs électeurs à pied ou en trottinette, les choses iraient mieux. Ils sont en revanche des dizaines, sinon des centaines de milliers de maires et d’adjoints au maire à toucher des indemnités qui servent trop souvent à arrondir leurs fins de mois plus qu’à couvrir les dépenses associées à leur charge. Diminuons de manière drastique le nombre extravagant des communes françaises (autant dans notre pays que dans tout le reste de l’Europe !). Voilà une réforme susceptible de réaliser des économies substantielles ! Mais vous allez les entendre, ces « victimes » de l’alliance des députés et du « monde des affaires », protester au nom de la République et de la Révolution de 1789 !
Autre proposition d’économie : supprimons le siège européen de Strasbourg. Les déplacements démentiels des euro-députés, des dossiers, de tout le personnel administratif et des interprètes du Parlement européen ne sont sans doute pas à la charge de la seule France, mais les dépenses sont si colossales que nous y trouverions notre compte.
Cessons de croire enfin à cette vieille idiotie encore véhiculée par l’extrême gauche marxisante que si les plus riches gagnaient moins, les plus pauvres en tireraient profit. C’est là une des plus vieilles ficelles pour déconsidérer les élus dans une démocratie. Mme Marine le Pen, MM. Besancenot et Mélanchon tirent très fort ensemble et dans cette direction.
Attention ! Cette culture du pessimisme, ce travail de sape contre le tonus d’un pays, cette mise en cause d’un possible vivre-ensemble national entre individus qui ne sont égaux qu’en droits est tout simplement dangereux. Le totalitarisme est peut-être le pire ennemi de la démocratie. Il n’en est pas le seul. La fièvre populiste qui monte en France n’est guère rassurante.
Pierre Rigoulot
Ilios Yannakakis

