Raymond Boudon contre le catastrophisme ambiant

Le Figaro du 5 janvier 2010 publie en page 14, dans sa page “Débats-opinions”, un passionnant entretien avec Raymond Boudon qui tranche avec le pessimisme ambiant et avec un certain nombre de phobies bien françaises, en premier lieu le libéralisme : pour Raymond Boudon, “les vertus du libéralisme sont suffisamment fortes pour qu’il puisse résister au procès qu’on lui intente. La crise a nécessité l’intervention de l’État dans le secteur bancaire, mais les nécessités de la conjoncture ne remettent nullement ses principes en question. L’ultralibéralisme que l’on évoque à tout propos n’a jamais existé : on ne connaît pas de sociétés sans règles. Le libéralisme ne garantit pas l’absence de crise, mais les diverses formules dirigistes qu’on lui oppose n’excluent pas les erreurs économiques des dirigeants, créent des rentes de situation à leur profit, encouragent la corruption et briment la liberté du citoyen.”
A Sébastien Le Fol qui lui demande si c’est toujours, selon lui le meilleur système, il répond :
“Oui. Les facettes économique, morale et politique du libéralisme ont un dénominateur commun : le respect des libertés, notamment d’opinion, d’expression et d’initiative du citoyen. Les deux piliers du libéralisme politique sont la liberté de la presse et la séparation des pouvoirs, administratif, syndical, économique et médiatique (…)”
Il répond aussi avec bonne humeur aux modes intellectuelles et à la légèreté avec laquelle certaines critiques “radicales” sont avancées quand son interlocuteur lui fait remarquer que, du « Petit Nicolas » au cinéma aux Beatles réédités, les succès culturels de l’année témoignent d’un fort courant nostalgique dans notre pays.(…)
“On comprend que l’opinion ait envie de revenir aux valeurs sûres, s’agissant des diverses manifestations de la vie culturelle, de la chanson à la philosophie. Alain Badiou est traité avec considération par certains médias culturels français bien que sa philosophie se recommande de Pol Pot. Un clou chassant l’autre, c’était hier Derrida qui était sacré grand homme parce qu’il avait découvert que toute idée est bonne à déconstruire, sauf l’idée de la dé-construction elle-même. Bien des vedettes françaises attirent plutôt parce qu’elles déconcertent que parce qu’elles sont porteuses de vraies valeurs.
Boudon se place de manière rafraichissante à contre-courant du torrent écologiste :
“Qu’il existe dans le monde des problèmes d’eau, de déchets et de réchauffement climatique, c’est un fait. Et il est juste de s’en préoccuper. Mais l’écologie actuelle se transforme (…) de plus en plus en une idéologie qui met l’homme en accusation (…)”.

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